
Question paysage ou architecture, je cherche à voir ce que, d’habitude, on ne voit pas. Je suis un orpailleur. Je tamise une vue, une scène pour séparer le banal du précieux : un détail insolite, des lignes graphiques, une ambiance originale. Je cadre alors au plus près du sujet pour intensifier encore son éclat. Le résultat est étonnant. A chaque fois que je montre ces photos, j’entends la même question : “C’est quoi ?”. Je n’y répond jamais. Et rares sont ceux qui la reposent. La plupart négligent vite cette quête de sens pour laisser parler leurs sens. C’est alors que tout commence : ils versent de la réflexion à l’émotion. « C’est beau, triste, gai, angoissant, bizarre, reposant… » En revanche, quand je photographie des gens, je recherche l’effet inverse. Je me sers de la sensualité de mes images pour appâter le spectacteur. Je veux qu’il entre dans la photo, qu’il la fouille car il y trouvera toujours un détail apte à nourrir son imagination. Vient alors le temps de la réflexion. Ma photo devient le support de sa propre histoire. Peu m’importe qu’elle ne soit pas celle que j’ai imaginée au départ. Ce qui compte vraiment, c’est l’investissement du spectateur. Grâce à lui, ma photo vit, s’anime. Ce qui n’était qu’un instant figé devient un moment. Un moment de vie, d’amour, d’humour, de désir, de plaisir ou de je ne sais quoi !